Jeu 6 fév 2003 8:22

Antisémitisme, politique européenne, Israël
"l'antisémitisme/antisionisme" comme outil de politique internationale
Par Lou Marano

United Press international (From the Life & Mind Desk)

WASHINGTON, 1er novembre (UPI) -- Si l'antisémitisme peut être défini comme une opposition Politique aux Juifs, alors l'antisémitisme européen moderne prend la forme de l'antisionisme, affirme un professeur de Harvard.

"Les skinheads allemands ne m'inquiètent pas, en particulier," a indiqué Ruth Wisse, professeur de littérature Yiddish et de littérature comparée à l'Université de Harvard, lors d'un forum à l'Américain Enterprise Institute mercredi. "L'antisémitisme dans le monde, et certainement en Europe, ne prendra pas la forme qu'il avait avant la deuxième guerre mondiale."

Mais, nous dit-elle, exactement comme les leaders arabes instrumentalisaient "l'antisémitisme/antisionisme" comme outil de politique internationale -- particulièrement aux Nations Unies, où ils avaient forgé une alliance importante avec le bloc soviétique qui a duré deux décennies -- maintenant elles essaient de forger une autre alliance de ce genre avec l'Union Européenne.

"Je crois que certains leaders européens semblent être tentés par la possibilité d'étendre de ce fait l'influence de l'Europe dans le monde arabe en contrecarrant l'influence américaine dans la région -- et, peut-être pas moins significativement -- dans le but d'apaiser leurs populations musulmanes locales de plus en plus rétives et qui représentent actuellement la plus grande menace à leur sécurité intérieure," affirme Wisse.

"Ainsi dans ce genre de situation politique sacrifier les Juifs semble à beaucoup de gens un prix relativement mineur à payer étant donné les gains prévus." Et comme beaucoup de pays en Europe ont déjà emprunté cette voie par le passé, le processus semblera excessivement familier, dit-elle.

"Mais je pense que l'Europe en particulier devrait se rappeler que l'antisémitisme Politique -- c'est-à-dire, l'organisation de la politique comme opposition aux Juifs -- est une voie sans issue démocratique."

Wisse a parlait à un forum intitulé "Europe -- Antisémitisme résurgent?" organisé par The New Atlantic Initiative. L'autre orateur vedette était le rédacteur en chef de United Press international, John O'Sullivan, fondateur de The New Atlantic Initiative, qui a argué du fait que l'antisémitisme dans l'Europe moderne est en grande partie limité aux immigrés musulmans et aux membres des élites de gauche qui ont un attachement romantique aux Palestiniens perçu comme des combattants anti-colonialistes.

Wisse donna les grandes lignes des circonstances historiques qui, d'après elle, ont permis au cours des siècles d'attaquer les Juifs sans avoir à payer le moindre prix politique.

Après que les Juifs aient perdu leur souveraineté politique au 1er siècle de notre ère, dit-elle, certains ont continué à vivre sur la terre d'Israël mais d'autres étaient déterminés à vivre sur les terres des autres cherchant la protection -- et se rendant utiles -- aux dirigeants locaux. Cependant, cette adaptation ne remplissait pas trois des critères de base de toute existence nationale : une terre, une autorité politique centrale, et les moyens de l'autodéfense.

Wisse poursuit en rappelant que les Juifs y avaient très bien réussi, mais tout en ne parvenant pas à protéger leurs acquis.

Toutes les fois qu'une classe sociale opprimée en rébellion ou qu'un envahisseur étranger menaçait d'attaquer, il était commode pour les dirigeant locaux de sacrifier les Juifs en retirant leur protection.

Plus les Juifs réussissaient, plus ils devenaient vulnérables aux attaques, et ce, sans coût politique pour l'attaquant, poursuivit-elle. Les Juifs étaient des "ennemis [vaincus] à coup sûr."

Le professeur Wisse explique que pendant la période d'émancipation et de démocratisation européenne, qui promettait la fin des régimes autocratiques et l'égalité de droits aux individus indépendamment de la religion ou de l'appartenance ethnique, les Juifs et d'autres avaient espéré pouvoir faire leurs preuves, à la loyale, sans encourir la menace des violences et handicaps qu'ils avaient précédemment rencontrés.

Mais, soutien Wisse, "c'est l'opposé qui s'est en fait produit" partout où le processus de démocratisation rencontrait des difficultés. Les juifs devenaient une cible idéologique quand les politiciens dans les cultures démocratiques naissantes essayaient de gagner l'allégeance des constituants en trouvant des raisons à ce qui allait mal.

"Au lieu des chercher des solutions par le processus démocratique, ils accusaient les Juifs des maux engendrés par la démocratie elle-même," Wisse dit.

Adolf Hitler a poussé ce procédé beaucoup plus loin que n'importe qui avant lui. Il a systématiquement détruit les institutions démocratiques allemandes --les écoles, les cours de justice, les médias -- chaque fois au nom de l nécessité de sauver le pays du péril juif. Ce système a fonctionné en grande partie parce qu'il [Hitler] a lancé ses assauts contre les Juifs plutôt que contre la démocratie en tant que telle, poursuivit-elle.

A la lumière de ces rappels, l'antisémitisme n'apparaît pas simplement comme un phénomène paroissial malencontreux. C'est plutôt une subversion de la démocratie, qui est sa vraie cible, et où les Juifs servent de support commode pour mener une agression accélérée contre les institutions démocratiques.

Wisse rappelle qu'à la fin du 19ème siècle, le sionisme était la réponse normale à cette situation. Il était normal, dit-elle, que les juifs reprennent leur souveraineté dans la terre d'Israel à l'époque de l'émergence des Etats-Nation.

"J'insisterais vraiment sur le fait que le sionisme est... une condition nécessaire pour l'élimination de l'antisémitisme," affirme Wisse, "puisque seul le sionisme permet aux Juifs d'avoir leur terre, une autorité politique centrale, et -- par-dessus tout -- d'avoir finalement des moyens d'autoprotection et d'autodéfense."

Mais Wisse souligne qu'au Moyen-Orient les Arabes en étaient juste au commencement du ce même douloureux processus  de modernisation qui avait accaparé l'Europe pendant 400 ans. Les gouvernements arabes voient en Israël la même occasion que les autocrates européens avaient vue dans l'organisation de la politique en opposition à leurs minorités juives.

"Beaucoup de gens croient que l'antisionisme diffère de l'antisémitisme parce qu'il organise la politique autour de l'opposition à un Etat Juif plutôt qu'à une minorité locale," nous dit Wisse. "Il me semble que la différence est purement formelle, et peut-être de degré. Ce n'est en aucune manière une différence de genre. Politiquement, ces deux phénomènes fonctionnent exactement de la même manière."

"On doit se rappeler également que l'antisémitisme dans sa variante européenne est distincte de la politique antijuive à base religieuse qui l'avait précédé."

"Alors les gouvernements et les politiciens arabes, et de plus en plus les ecclésiastiques et chefs musulmans, parlant au nom de la religion et du nationalisme, visent les Juifs en tant qu'ennemi [vaincu] à coup sûr et comme incarnation de la menace d'une concurrence démocratique et moderne qu'ils craignent tant."

Wisse indique que le musée de l'Holocauste a été construit sur l'idée naïve et "extraordinairement erronée" qu'il serait un dispositif prophylactique. "La Politique, me semble-t-il, fonctionne exactement à l'opposé. Ce que les peuples arabes retiennent du Musée de l'Holocauste, c'est que cela prouve d'autant plus que les juifs sont au bout du compte destructibles."

Elle a rappelé à ses auditeurs que la destruction des Juifs d'Europe par Hitler fut l'un but de guerre qu'il avait atteint.

"Ainsi je soutien que la différence de degrés entre l'antisionisme et l'antisémitisme va dans le sens d'une accentuation. L'antisionisme est plus virulent et il est plus intégré au système dans les pays qui l'emploient. Il a derrière lui dès le départ toutes les ressources des états arabes. Il est disséminé par endoctrinement dans les écoles et les médias qui y sont contrôlés par les états."

Wisse affirme que tandis que la religion en Europe avait, dans une certaine mesure, atténué et essayé pour lutter contre l'utilisation politique de l'antisémitisme, rien de tel ne semble se produire dans le monde musulman. "Au contraire, la religion semble entièrement en accord avec les buts de l'état," a-t-elle affirmé.

Le plus important, a-t-elle poursuivit, est que l'antisémitisme sous la forme de l'antisionisme fonctionne pour les pays arabes comme instrument de politique intérieure employé pour expliquer les échecs du gouvernement et pour s'assurer le soutien de la population. C'est également la seule chose qui unit des pays mutuellement hostiles et en conflit.

"Ainsi le degré auquel les Arabes ont mobilisé la guerre contre les Juifs aux Nations Unies... est ce qui nous inquiète. L'antisémitisme prend maintenant la forme de l'antisionisme, et c'est la forme sous laquelle il redevient courant en Europe, " conclu Wisse.

D'après O'Sullivan, la violence antisémite en Europe est presque exclusivement le fait des musulmans descendant de l'immigration d'Afrique du nord depuis les années 60. Bien que ces "beurs" puissent détenir la citoyenneté française, allemande ou belge, ils ne se considèrent pas eux-mêmes comme Européen.

Les sociaux-démocrates européens, dont l'idéal central est l'anticolonialisme, tendent à considérer les communautés d'immigrés et de "post-immigrés", particulièrement les communautés musulmanes, comme des victimes de la société européenne qui ont besoin de services sociaux plutôt que de surveillance policière, affirme O'Sullivan. "Ils ne pourraient pas les voir dans ce contexte comme des antisémites traditionnels, et ils éprouvent la plus grande réserve à affronter les activités criminelles en leur sein."

O'Sullivan indique qu'une difficulté plus générale provient du mode de gouvernement libéral qui est très indécis quant à la façon de traiter des adversaires déterminés et impitoyables.

Par exemple, dit-il, en Irlande du Nord, les gouvernements successifs et également le gouvernement des Etats-Unis ont contraint la majorité protestante à faire une série des concessions aux opposants terroristes qui ne font presque aucune concession en retour.

O'Sullivan souligne que la raison en est que quelque chose dans le libéralisme empêche les libéraux de prendre des mesures fermes pour défendre la démocratie contre des rebelles ou des terroristes qui adoptent une posture de dissidence tiers-mondiste romantique ou rebelle.

"Dans la culture européenne de gauche et dans certaines sectes musulmanes dans l'ensemble de l'Europe, il y a une vive hostilité non seulement contre Israël et les Juifs mais également contre les structures de la société européenne libérale," dit O'Sullivan. "Cette hostilité effraye et embarrasse les gouvernements. [...] En tant que tel elle est le problème de l'Europe plutôt qu'un problème  posé par l'Europe."[...]

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