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L'agence France Presse et la couverture de l'Intifada
 Clément Weill Raynal, journaliste
17 Avril 2002


L'Agence France Presse, troisième agence de presse mondiale, respecte-t-elle ses obligations "d'exactitude, d'équilibre et d'objectivité" que la loi lui impose, ou au contraire viole-t-elle ce principe en fournissant à ses abonnés une information partisane?

C'est la question à laquelle nous sommes efforcés d'apporter des éléments de réponse concrets en examinant la couverture par l’AFP du conflit israélo-palestinien notamment depuis le début, le 28 septembre 2000, de ce qu'il est convenu d'appeler "la seconde Intifada".

Dans l'impossibilité d'examiner de manière exhaustive la totalité des dépêches consacrées, depuis maintenant plus d’un an, à ces événements, nous nous en sommes tenu à une lecture attentive des dépêches diffusées sur le fil de l’AFP lors des épisodes essentiels de l’intifada.

Nous nous sommes attachés à relever un certain nombre d'approximations, d'omissions qui - à notre sens - témoignent de la volonté de favoriser le plus souvent le camp palestinien en faisant retomber sur le seul camp israélien la responsabilité de la vague de violence.

La première semaine - le déclenchement des violences

Bien que l’intifada n’a réellement éclatée que le vendredi 29 septembre, l’Histoire a d’ores et déjà retenu une autre date : celle du jeudi 28 septembre, c'est-à-dire le jour de la venue d’Ariel Sharon, alors leader de l’opposition sur ce qu’il est convenu d’appeler l’esplanade des Mosquées et que la presse israélienne (toutes tendances confondues) désigne sous le nom juif de " Mont du Temple ".

Progressivement, une thèse a été mise en avant, puis érigée au rang de vérité officielle et indiscutable: la cause de l’intifada serait la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées, présentée comme une " provocation " délibérée. Les israéliens seraient ainsi responsables du déclenchement des violences.

En France, c’est cette version des faits qui a été présentée par l’Agence France Presse auprès de ses abonnés. Une lecture attentive des dépêches diffusées laisse apparaître que dès les tous premiers jours des violences, les informations données par l’AFP ont semblé vouloir occulter les responsabilités palestiniennes et aggraver celles du camp israélien. Mettre en avant les déclarations et les arguments de la partie palestinienne. Estomper, voire oublier, ceux du gouvernement israélien.

Mais tout d’abord les faits.

Tout commence le jeudi 28 septembre 2000, au petit matin. Ariel Sharon, alors leader de l’opposition, se rend à pied sur l’esplanade des mosquées-mont du temple. Cette démarche symbolique vise à affirmer la souveraineté israélienne sur les lieux saints et à protester contre la proposition faite par le Premier ministre Ehud Barak aux palestiniens de conclure un accord de partage de Jérusalem pour en faire deux capitales. Le choix du lieu n’est pas du au hasard. L’esplanade abrite en effet à la fois le premier lieu saint du judaïsme et le troisième lieu saint de l’islam. C’est à cet endroit que se focalisent les tensions religieuses. La question de savoir qui doit exercer la souveraineté politique sur l’esplanade est l’une des plus épineuses des négociations.

La visite d’Ariel Sharon, annoncée depuis plusieurs jours et faite avec l’assentiment des autorités musulmanes qui gèrent le lieu suscite une manifestation de protestation de plusieurs dizaines de jeunes palestiniens. Des échauffourées, puis des heurts se produisent. Les manifestants jettent des pierres, des chaises et des objets métalliques sur la petite délégation qui accompagne Ariel Sharon et les policiers qui les encadrent. La police riposte en tirant des balles caoutchoutées. Six palestiniens et vingt-cinq policiers sont légèrement blessés. Les incidents n’auront duré que quelques minutes. Le calme revient rapidement.

Ce n’est que le lendemain, vendredi 29 septembre, soit vingt-quatre heures après, que les incidents graves surviennent. Depuis l’esplanade, des palestiniens jettent des pierres contre les soldats qui gardent les portes d’accès de l’esplanade et les fidèles juifs en train de prier au mur des lamentations, en contrebas. L’armée riposte. A la fin de la journée, le bilan des affrontements sur l’esplanade se solde par la mort de sept palestiniens et de deux cent vingt blessés. Pour les médias et le grand public, la " seconde intifada " vient de commencer.

A quelle date précise a débuté cette nouvelle intifada ? 28 septembre, date de la venue de Sharon sur l’esplanade? 29, date des premiers affrontements sérieux ? En fait, les prémisses d’une déflagration sont déjà perceptibles quelques jours auparavant. Depuis l’échec du sommet de Camp David, au mois de juillet, la presse israélienne fait état de rapports alarmistes des services de renseignements. Selon ces informations qui font la une du Jerusalem Post à la mi-septembre, l’autorité palestinienne s’apprête à déclencher une confrontation armée. La veille de la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées, deux attentat à la bombe ont été perpétrés, dont un a provoqué la mort d’un soldat israélien qui escortait un bus de civils dans la bande de Gaza. Le 29 septembre au petit matin, soit quelques heures avant les premiers morts sur l’esplanade des mosquées, un policier palestinien abat froidement un garde-frontière israélien en compagnie duquel il participait à une patrouille mixte. Ces attentats sont les plus graves depuis l’arrivée d’Ehud Barak au pouvoir. Ils ne doivent rien au hasard. Ils marquent le véritable début de l’intifada.

 

La lecture des dépêches de l’AFP diffusées le vendredi 29 septembre est intéressante à plus d’un titre. Elles constituent en quelle que sorte une " photographie " de départ, au premier jours des affrontements violents sur l’esplanade des Mosquées qui marqueront véritablement le début de l’intifada. Cette photographie permettra par la suite de mieux comprendre à quelles manipulations (omissions, oublis, distorsions sémantiques, déséquilibres dans le traitement des sources…) va se livrer ultérieurement l’Agence France Presse pour promouvoir les thèses palestiniennes.

Le 29 septembre, l’AFP donne en effet une lecture relativement équilibrée de la situation. Dans une longue dépêche diffusée à la mi journée (13h 26), alors que le bilan des émeutes sur l’esplanade n’est encore que de deux morts, le journaliste Marius Schattner écrit : " Ehud Barak fait face à des violences d’une gravité sans précédent depuis son entrée en fonction en 1999, marquée par des attentats anti-israéliens ayant fait deux morts et des heurts qui ont fait deux morts dans les rangs palestiniens sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem ". A cet instant, la " fable " d’une intifada déclenchée d’un coup de baguette magique par Ariel Sharon n’a pas encore été forgée. L’AFP resitue les événements du vendredi dans le contexte des jours précédents. Le deux attentats du mercredi et du vendredi sont donc à prendre en considération. Ils autorisent à s’interroger sur le fait de savoir si l’autorité palestinienne n’a pas d’ores et déjà déclenché les hostilités. Dans sa synthèse de fin de journée (21h 51), l’AFP rappelle qu’ " il existe depuis plusieurs mois un risque latent de violence en raison du blocage des négociations, surtout depuis l’échec en juillet du sommet de Camp David " et ajoute, " mais ce risque est soudain devenu beaucoup plus réel vendredi, certains manifestants palestiniens appelant même de leurs voeux une nouvelle intifada ".

 

Quant aux responsabilités dans le déclenchement des violences, là aussi l’Agence France Presse fait preuve d’un réel équilibre en rapportant les positions des deux parties : " Dans l’affaire de l’esplanade des mosquées (…) Ehud Barak a mis en cause sans ambiguïté les palestiniens, affirmant qu’ils étaient responsables des violences. Chez les Palestiniens, on explique toutefois ces violences, déclenchées par des jets de pierre contre Israéliens, par la visite la veille sur l’esplanade du chef de la droite israélienne, Ariel Sharon, qu’ils ont ressentie comme une provocation "
 

Deuxième jour du conflit — Samedi 30 septembre

Dès le lendemain, changement de " ligne éditoriale ". Alors que les combats font rage (le bilan de la journée s’élèvera à 16 morts et 500 blessés), L’AFP ne retient plus qu’une seule thèse. Celle, palestinienne, de la " provocation " d’Ariel Sharon. Dans les jours et les semaines qui vont suivre, la venue du chef de l’opposition sur l’esplanade va devenir l’unique cause du conflit.

La première dépêche (11h31) orientée en ce sens vient d’ailleurs de Paris. Consacrée à la réaction de la représentante de l’autorité palestinienne en France, Leïla Shahid, l’AFP indique : " La visite du leader de l’opposition de droite Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem est une " provocation pure et simple ", dont les conséquences " montrent combien la situation est inflammable " a déclaré Leïla Shahid ".

Les dépêches envoyées depuis les grandes capitales arabes emboîtent le pas. On peut noter que ces dépêches reprennent souvent le ton et le vocabulaire des communiqués gouvernementaux, de la presse officielle ou des organisations palestiniennes dont elles se font l’écho.

A 11 heures 50, une dépêche de Damas est titrée: " Damas dénonce le " massacre " sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem ". Une heure plus tard, toujours de Damas, le porte-parole du FPLP, estime que " le massacre commis par les forces d’occupation israéliennes sur l’esplanade des mosquées, après la profanation de cette esplanade par le terroriste Ariel Sharon, démontre l’absurdité de la poursuite des négociations de paix ".

Le meilleur reste à venir. Rendant compte d’une manifestation à Saïda, au Liban, contre les " massacres " à Jérusalem, le journaliste de l’AFP, Jihad Saqlaoui, écrit : " Des jeunes ont brûlé le drapeau israélien et l’effigie du chef de la droite israélienne, Ariel Sharon, dont la visite jeudi sur l’esplanade d’al-Aqsa a provoqué des heurts sanglants au cours desquels sept palestiniens ont été tués "

 

La venue Jeudi d’Ariel Sharon et la fusillade sanglante du Vendredi ne constituent désormais plus qu’un seul et même événement. Rien n’indique dans la dépêche que l’émeute sanglante s’est produite près de trente heures après la visite de Sharon et que la fusillade a éclatée après que les jeunes palestiniens ont attaqué à coup de pierre les fidèles juifs priant en contre bas au mur des lamentations.

Dès le deuxième jour de l’intifada, L’AFP livre à ses abonnés (c'est-à-dire à l’ensemble de la presse française) une explication de la révolte palestinienne : " les violences ont été déclenchées par la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées qui abrite le troisième lieu saint de l’Islam".

Le dimanche 1er octobre, cette affirmation sera répétée à 13 reprises sur le fil de l’agence. Le lundi 2 octobre, la formule est utilisée dans plus de 20 dépêches. Ce sera désormais, selon l’AFP, la cause unique de ce nouvel épisode du conflit israélo-palestinien. Pratiquement chaque jour, à chaque occasion, dans chaque rappel chronologique l’AFP utilisera invariablement cette phrase fétiche : " l’intifada a été déclenchée par la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l’islam ". En revanche, dans les semaines et les mois qui suivront, L’Agence France Presse ne jugera pas utile de rappeler le contexte qui était celui de l’échec du sommet de Camp David, les attentats meurtriers qui avaient recommencé bien avant la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade, l’attaque des fidèles juifs en prière au mur des lamentations qui avait provoqué la fusillade sanglante sur l’esplanade.

Enfin, il n’est pas inintéressant de noter l’emploi systématique de l’expression "troisième lieu saint de l'islam" pour qualifier l’esplanade des mosquées alors que celle de "premier lieu saint du judaïsme" n'est utilisé qu'à de très rares occasions. S’agit-il d’un oubli, d’une précision jugée sans importance ? Ou L’AFP cherche-t-elle ainsi, à l’instar de la propagande palestinienne, à mieux délégitimer toute présence juive sur le mont du temple?

 

Le déséquilibre des sources 

A cette présentation tendancieuse des faits, s’ajoute un déséquilibre flagrant dans le traitement des sources. C’est ce que révèle en effet l’examen attentif des dépêches durant la première semaine du conflit.

Le samedi 30 septembre, l’AFP consacre 79 dépêches aux affrontements israélo-palestiniens. 6 dépêches, que l’on peut considérer comme équilibrées, reprennent des informations dont les sources sont à la fois palestiniennes et israéliennes. 13 dépêches semblent reposer sur des sources indépendantes (sources hospitalières, " témoins ", journaliste AFP présent sur le terrain…)

Pour le reste : 47 dépêches donnent des informations émanant du seul camp arabo-palestinienne (sources hospitalières palestiniennes, ministre palestinien de la santé, forces de sécurité palestiniennes, responsables politiques palestiniens, organisations arabes…) Contre 13 seulement émanant de la partie israélienne (ministres du gouvernement, Etat-Major…).

En outre, il n’est pas inintéressant de remarquer que sur ces 13 dépêches, rédigées souvent de manière lapidaire, 10 ne seront diffusées qu’en fin de journée entre 20 heures et 23heures, alors que les dépêches venant du camp palestinien tombent sur le fil de l’AFP tout au long de la journée.

On n’insistera jamais assez sur l’importance de ce " timing " dans la diffusion des informations pour essayer de faire comprendre le mécanisme et l’influence des agences de presses sur les salles de rédaction. Il est bon de rappeler une évidence : une entreprise de presse est d’abord une entreprise. L’immense majorité des journalistes travaillent tout bonnement selon les " horaires de bureaux ". Les grands rendez-vous d’informations sont connus. Entre 7h et 9H pour les radios. Entre 19 heures 20 heures 30 pour les grands journaux TV. La presse écrite quotidienne elle-même se fabrique pour l’essentiel le matin, l’après midi et en tout début de soirée. Il évident que des informations diffusées dans la matinée et l’après midi auront une impact sur les journalistes et donc sur le public bien plus considérable qu’une dépêche envoyée après la grand’messe du 20 heures, alors que les grands rendez-vous d’information sont terminés, que la majorité des journalistes a regagné ses foyers après une journée de labeur et que les salles de rédaction sont tout simplement désertes.

S’agit-il d’un hasard ? D’un mauvais procès ? Il ne faut pas craindre de se livrer à un décompte fastidieux pour constater que les mêmes déséquilibres dans le traitement des sources et dans les horaires de diffusion vont se répéter les jours suivants.

Le dimanche 1er octobre, l’AFP diffuse 45 dépêches (flash, bulletins, lead, synthèses…) dont les informations ont pour source unique le camp arabo-palestinien. Sur ces 45 dépêches, 3 sont envoyées entre 0h et 8h du matin, 3 dans la matinée, 30 entre midi et 20h, 10 entre 20h et minuit. Dans le même laps de temps, l’AFP ne diffuse que 17 dépêches dont les informations émanent de sources israéliennes. 6 entre Oh et 7h du matin. 4 dans la matinée, 2 à 18 h, 6 entre 20 h et minuit.

Le lundi 2 octobre, la même arithmétique se répète. 25 dépêches basées sur les seules informations de la partie palestinienne. 12 autres consacrées aux prises de position de la France et de l’Union Européenne " condamnant la provocation d’Ariel Sharon". 13 reposent sur des sources israéliennes qui rejettent la responsabilité des violences sur les palestiniens.
 

La mort de Mohamel al Durra 

Ce lundi 2 octobre, l’AFP consacre également une dizaine de dépêches à la mort, la veille, de Mohammed Al Durra, cet enfant palestinien dont les images de l’agonie, filmée par une caméra de France2 ont fait le tour du monde. Tout le monde a encore en mémoire cette scène de l’enfant pleurant dans les bras de son père, tous les deux tentant vainement de se protéger derrière un abri de fortune en béton. Celle de deux civils pris — semble-t-il fortuitement — dans un échange de feux nourris provenant de deux positions adverses, en l’occurrence palestinienne et israélienne. De quelle " nationalité " étaient les balles qui ont tué le petit Mohamed ? Israélienne ? Palestinienne ? Impossible de le savoir. Aucun rapport d’autopsie n’étant parvenu à le déterminer.

Pourtant, l’AFP croit pouvoir, dès les premières heures du drame et encore aujourd’hui, affirmer que l’enfant est mort sous les balles israéliennes. Tout au long de la journée les dépêches de l’Agence indiquent que l’enfant est mort " apparemment " sous des balles israéliennes. " Le film (de France2) ne montre pas qui a tiré " précise tout de même avec honnêteté le journaliste de l’agence, " mais les tirs semblent provenir de la position israélienne " (AFP 13h19). Sur quels éléments matériels l’AFP fonde-t-elle son sentiment ? Les dépêches ne le précisent pas. En fin de journée une nouvelle dépêche semble apporter quelques précisions et éclaircissements. Le titre en est le suivant : " L’armée israélienne admet implicitement qu’elle a pu tuer le jeune Mohammed " (AFP 20h59). On notera le luxe de précautions avec lequel ce titre est formulé. Le premier paragraphe apporte les indications suivantes : " Le chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne, le général Moshé Ayalon, a admis implicitement que Mohamed Al Dourra ait pu être tué par erreur par des militaires israéliens ".

Il faut poursuivre la lecture du texte jusqu’au quatrième paragraphe pour réaliser que les propos du général sont à la fois plus précis et plus incertains: Le général " a admis la possibilité qu’un militaire israélien ait pris le père de l’enfant pour cible, croyant qu’il faisait partie des assaillants, mais n’a pas complètement écarté la possibilité que l’enfant ait été victime de balles palestiniennes "

Tout au long de l’année 2001, l’AFP s’en tiendra donc à cette " apparence" : " Mohammed al Dourra a été tué apparemment par des balles israéliennes ". Ainsi sera formulé la " thèse officielle " décrété par l’Agence France Presse dans les nombreuses dépêches consacrées à cette affaire qu’elle diffusera auprès de ses abonnés.

Au printemps 2001, l’AFP ne consacrera pas une ligne à la publication du rapport d’une commission d’enquête officielle israélienne concluant à l’impossibilité d’établir d’où sont partis les coups de feu mortels. La publication de ce rapport n’est pourtant pas passée inaperçue en Israël. Elle a fait la une du très sérieux quotidien Ha’aretz et a d’ailleurs suscité de nombreuses polémiques en Israël.

Enfin, moins d’un an après les faits, l’AFP ne s’embarrassera plus d’aucune précaution de formulation. L’adverbe " apparemment " disparaîtra définitivement des dépêches consacrées à Mohamed Al Dourra en dépit de l’absence de tout nouvel élément permettant de privilégier une thèse au détriment d’une autre.

Le 15 octobre 2001, à l’occasion de la remise d’un prix au caméraman palestinien Talal Abou Raman, l’AFP écrit :

" Le caméraman Talal Abou Raman qui avait filmé la mort de Mohamed Al Doura, un petit palestinien tué par des tirs de soldats israéliens, a été empêché de se rendre à Londres pour y recevoir un prix ".

Le 29 novembre 2001, le journaliste Dan Beaulieu consacre une dépêche au portrait du père de Mohamed qui commence de la manière suivante :

" Le père de l’enfant palestinien Mohamed al-Dourra dont la mort sous les balles israéliennes filmée en direct par une chaîne de télévision française en a fait le plus célèbre des 1.000 tués de l’Intifada, ne parvient plus à parler de paix ". 

Le silence entourant les déclarations de Faloudji 

Le 2 mars 2001, cinq mois après le début de l’Intifada, Imad Faloudji, le ministre palestinien de la Communication, prononce un discours lors d’un meeting de l’OLP dans le camp de réfugié d’Ein el-Hilweh, à 45 km au sud de Beyrouth. Dans ce discours, Imad Faloudji fait deux déclarations importantes. Il affirme en premier lieu que " l’Intifada était planifiée depuis l’échec des négociations de camp David ", en juillet 2000. Sur ce point, le ministre palestinien est on ne peut plus clair, puisqu’il ajoute : " Ce sommet de Camp David où le président Arafat a envoyé promener le président américain Bill Clinton et rejeté les conditions américaines ".

Imad Faloudji précise ensuite (pour ceux qui ne l’auraient pas compris) que " c’est une erreur de penser que l’insurrection (palestinienne) a été initié par la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées.

Ces déclarations sont jugées suffisamment importantes pour l’agence américaine Associated Press (AP) y consacre le jour même une longue dépêche. La majorité de la presse anglo-saxone développera les jours suivants cette information. Le correspondant du " Monde " en Israël, Georges Marion, en également fera état.

L'agence France Presse, pourtant très présente au Liban, n'y a pas consacré une ligne, Pourquoi? Est-ce parce que cette information - émanant du camp palestinien - contredisait la version officielle de la "provocation d’Ariel Sharon" serinée invariablement depuis cinq mois par l’AFP ?

Il faut préciser qu’ Imad Faloudji avait déjà tenu des propos similaires lors d’un colloque à Gaza le 5 décembre 2000. Ces propos avaient été rapportés par le quotidien palestinien " Al Ayam " du 6 décembre. D’autres responsables palestiniens, cités par la presse internationale, ont fait des déclarations allant dans le même sens

Le " Nouvel Observateur " a publié, dans son numéro du 3 mars 2001 le témoignage de Mamdoh Nofal, l’un des dirigeants du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine (FDLP), qui explique que Yasser Arafat a pris lui-même la décision de déclencher les hostilités:

" Quelques jours avant la visite de Sharon sur l'esplanade des Mosquées, lorsque Yasser Arafat nous a demandé d'être prêts à nous battre (…) Djibril Rajoub, le chef de la sécurité préventive en Cisjordanie, n'a cessé, lui aussi, de mettre en garde Arafat contre le danger d'une confrontation armée. En vain. Abou Amar (Arafat) était convaincu qu'au bout de deux ou trois jours, le déséquilibre des forces serait si intolérable que les Américains, les Européens et les Arabes conseilleraient à Barak de reprendre les négociations. "

Jamais l’AFP ne s’est fait l’écho de ces déclarations ne serait-ce que pour les relativiser, en contester l’importance ou les critiquer. L’AFP applique ainsi une règle simple de la désinformation : ce dont on ne parle pas, n’existe pas. Malgré les déclarations d’Imad Faloudji et des autres responsables palestiniens, l’Agence France Presse va continuer tout au long de l’année 2001 à désigner Ariel Sharon comme le seul responsable du déclenchement de l’intifada.


La remise du rapport Mitchell

 

Après plus de six mois d’enquête, la commission internationale Mitchell chargée de déterminer les causes de l’explosion de violence israélo-palestinienne rend son rapport le vendredi 4 mai 2001.

Etablie par le sommet de Charm el-Cheikh des 16 et 17 octobre 2000, cette commission de cinq membres, officiellement baptisée d’ " établissement des faits ", et non d’enquête, est présidée par l’ancien sénateur américain Georges Mitchell.

Dès le Vendredi 4 mai au matin, l'Agence France Presse, diffuse une série de dépêches pour annoncer la remise dans les heures prochaines du rapport dont on attend les conclusions officielles.

L'AFP est néanmoins en mesure de devancer ces conclusions puisque elle écrit plusieurs heures avant la remise du rapport - dont on en ignore la teneur - aux parties:

"La mission (du rapport Mitchell) est de déterminer l'origine des violences déclenchées par la visite controversée d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées...."

Cette affirmation (qui est en totale contradiction avec les conclusions du rapport, mais on ne le saura que plus tard) sera répétée à sept reprises dans la journée

A partir de 17 heures, les conclusions du rapport Mitchell commencent à être connues. On sait notamment que, selon le rapport, " la venue de M. Sharon sur l’esplanade des mosquées n’est pas la cause de l’Intifada " (même si les membres de la commission Mitchell en déplorent le caractère " provocateur "). L’AFP va alors nuancer sa formulation en se contentant de juxtaposer les deux événements comme pour mieux souligner le lien de causalité qui les unit.

Dans une dépêche de 17h 57, le journaliste de l’AFP Jo Strich écrit :

(Les violences) " ont fait 508 tués depuis le 28 septembre, date de la visite du Premier ministre israélien Ariel Sharon, alors chef de l’opposition de droite, à l’Esplanade des Mosquées ".

Une nouvelle fois, l’AFP procède à une confusion de date, laissant entendre que les premiers morts palestiniens auraient été tués à l’occasion de la visite d’Ariel Sharon. Or, les premières victimes palestiniennes de l’intifada ont été tuées le 29 septembre. Pourquoi donc débuter le décompte macabre le 28 septembre si ce n’est pour mieux accréditer la thèse de la responsabilité d’Ariel Sharon ? (Il convient de souligner que l’AFP continuera dans les semaines et les mois qui suivront la remise du rapport à écrire à nouveau — et à de nombreuses reprises — que l’intifada " a été déclenchée par la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées ").

 

Vendredi 4 mai dans la soirée puis dans la journée du samedi 5 mai, l’AFP indiquera certes l’ensemble des conclusions du rapport Mitchell dont celle concernant la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées. Mais le titre des dépêches n’insistera que sur un seul point

"La commission Mitchell demande un gel total de la colonisation"... (20h58)

Faisant passer au second plan les reproches et recommandations adressés à la partie palestinienne, notamment la condamnation des violences commises par les palestiniens.

Le Samedi 5 mai, l'AFP publie 11 dépêches consacrées à la remise et au contenu du rapport. Le titre des quatre premières dépêches, reprend l’information donnée la veille :

"Le rapport Mitchell recommande l'arrêt de toute colonisation juive".

Une nouvelle fois l’AFP choisi de ne mettre en avant que les points défavorables aux israéliens. Il faut arriver jusqu’au milieu du texte pour apprendre au détour d’une phrase que le rapport " blâme les deux parties ". Et ce n’est que dans le tout dernier paragraphe que l’agence indique que des critiques ont été adressées à l’autorité palestinienne et à Yasser Arafat, le rapport Mitchell reprochant notamment aux palestiniens le " manque de contrôle sur leurs forces de sécurité ".

 

A la mi journée, les premières réactions palestiniennes à la publication du rapport commencent à tomber sur le fil. " Arafat veut un nouveau sommet de Charm el-Cheik" indique l’agence. Selon le leader palestinien, dont les propos sont rapportés par l’AFP, ce sommet " est nécessaire pour discuter des conclusions du rapport de la commission Mitchell sur les violences ".

En fin de journée, l’AFP apporte de nouvelles indications sur les réactions des palestiniens. La dépêche de22h39 porte le titre suivant:

"Rapport Mitchell: plusieurs points sont acceptables, selon les palestiniens"

On ignore toujours, à cette heure, quelles sont les réactions israéliennes. L'AFP n'en dit pas un mot.

 

Le dimanche 6 mai, dans la matinée, une première réaction israélienne - enfin! - indique:

"Israël rejette un nouveau Charm el-Cheikh avant un arrêt de la violence"

La position israélienne, telle qu'elle est rapportée par l'AFP - est donc une réaction négative. Cette présentation tendancieuse des faits peut donner à penser que Jérusalem a rejeté les recommandations de la commission Mitchell. Il n'en n'est rien. Les israéliens ne font que mettre une condition à la nouvelle exigence de Yasser Arafat ;

En revanche, la réaction positive des palestiniens est à nouveau répétée et mise en avant à plusieurs reprises au cours de la journée:

"Rapport Mitchell: accueil plutôt favorable des palestiniens"

Ce n’est que le dimanche soir, en toute fin de journée (22h06), que l’AFP informe ses clients de la réaction officielle israélienne :

"Le rapport de la commission Mitchell est "juste et équilibré", selon Peres"

Mais à cette heure, comme nous l’avons déjà souligné, les grands journaux des radios et télévisions sont terminés. Les entreprises de presse tournent au ralenti, particulièrement le dimanche soir ! Les salles de rédactions sont désertes. Pourtant, la réaction de Shimon Peres avait été communiquée aux médias israéliens dès le samedi soir.

Pourquoi ce retard inexplicable de plus de 24 heures dans la diffusion d’une information pourtant essentielle? S'agit-il d'une négligence ou d'une volonté d'accorder le moins d'audience possible à cette information?

 

 

Conclusion: Durant tout le week-end, les auditeurs des radios et télévisions ont pris, grâce à l'AFP, connaissance d'un document tronqué et présenté de manière tendancieuse donnant à penser que:

1) Que la responsabilité d'Ariel Sharon était une vérité établie avant même la publication des conclusions du rapport.

2) Que les recommandations du rapport rejetaient l'essentiel de la responsabilité des troubles sur Israël, notamment à cause du problème des "colonies".

3) Que les palestiniens avaient fait preuve de bonne volonté en acceptant les grandes lignes du rapport alors que les israéliens les avaient peu ou prou rejetées, ce qui est totalement inexact.

 

Après la remise du rapport Mitchell 

Dans les semaines et les mois qui suivent la remise du rapport Mitchell, l’AFP continue à désigner Ariel Sharon comme le responsable du soulèvement palestinien. L’agence ne rappellera qu’à de très rares occasions (six d'après notre décompte) que selon le rapport Mitchell, " la venue d’Ariel Sharon n’est pas la cause de l’intifada ". Bien au contraire, elle défendra à de très nombreuses reprises la thèse de la responsabilité directe du Premier ministre israélien. Entre le mois de mai 2001 et le mois de janvier 2002, 54 dépêches persistent à accuser Sharon d’avoir " déclenché " les violences en effectuant sa visite sur l’esplanade. Les diverses formulations utilisées par l’AFP sont les suivantes :

" La visite d’Ariel Sharon a servi de détonateur à l’intifada " (28/07/2001 18h21)

" La visite controversée d’Ariel Sharon a été l’étincelle qui a déclenché la seconde intifada " (28/07/01 20H57)

" …l’étincelle populaire s’est déclenchée spontanément après la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées " (02/01/02 15h04)

" C’est à la suite d’une visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées qu’a démarré l’intifada " (02/08/01 10H08)

Ces affirmations seront à nouveau répétée - et à de multiples reprises - dans les dépêches consacrées au premier anniversaire de l’intifada et diffusées entre le 23 et le 30 septembre 2001.

" C’est la visite, il y a un an, de l’actuel Premier ministre israélien Ariel Sharon sur l’esplanade qui a déclenché l’intifada " (28/09/01 15h50)

Enfin une dépêche datée du 7 août procède une nouvelle fois à une confusion de dates et affirme que " les affrontements meurtriers se sont déroulés sur l’esplanade des mosquées, lors de la visite provocatrice d’Ariel Sharon ". (07/08/01 09h54)


La position officielle de la France. 

Cette thèse, de la responsabilité d’Ariel Sharon, mise constamment en avant par l’AFP, est aussi la thèse officielle de la diplomatie française. Dès le 2 octobre, le ministère français des affaires étrangères publie une déclaration du ministre Hubert Védrine, qui " condamne sans réserve la provocation délibérée accomplie par Ariel Sharon " et qui " déplore les violences qui en sont résultées ".

 

Le même jour l’Elysée, par une déclaration du Président de la république, confirme cette analyse. Recevant le secrétaire d’Etat américain Madeleine Albright, Jacques Chirac déclare :

"Nous sommes consternés et très préoccupés par cette flambée de violence. A l'origine, jeudi dernier, une provocation irresponsable sur le Lieu saint de l'esplanade des mosquées. Et, à partir de là, un embrasement prévisible ".

 

Un an et demi après le début des événements, la France a-t-elle révisé son opinion sur les responsabilités du conflit ? Il est permis d’en douter. Malgré les conclusions du rapport Mitchell, malgré les déclarations des dirigeants palestiniens eux-mêmes, le quai d’Orsay maintient sa position. On en veut pour preuve cette étonnante déclaration, le 18 janvier 2002, du porte parole du ministère lors du traditionnel point de presse quotidien. En réponse à la question d’un journaliste, lui demandant de désigner les responsables d’un nouvel incident sur le terrain, le porte-parole répond :

" Dans le cadre d'une situation aussi complexe, nous ne souhaitons pas revenir de manière notariale sur les responsabilités de chaque incident et de chaque violation. A défaut, nous entrerions dans une discussion stérile. La France, en son temps, a su dire, de manière très claire, quel était l'événement à l'origine de la reprise de l'Intifada "

 

Le choix des mots: Qui sont les extrémistes? 

Selon les propres règles qu'elle s'est fixée, l'Agence France Presse s'interdit toute prise de position ou "jugement de valeur". Pourtant, l'examen du vocabulaire et des qualificatifs choisis pour désigner chaque camp peut laisser songeur.

Où sont les "extrémistes"au Moyen-Orient? Une recherche systématique par "mots-clés" sur l'ensemble des dépêches laisse apparaître très clairement le point de vue que l'AFP défend auprès de ses abonnés.

Depuis le début de l'année, les seuls "extrémistes" de la région sont les juifs, les israéliens, le plus souvent les colons. Plus d'une centaine de dépêches ont ainsi été répertoriés.

"A Hébron, quelques 400 colons extrémistes juifs vivent retranchés au milieu de 120.000 palestinien"

Cette formule est celle employée de manière automatique pour décrire la situation qui règne à Hébron. Les 400 colons sont tous qualifiés d'extrémistes sans nuances ni distinction d'âge ou d'opinion. Chaque fois que le vocable "extrémiste" est employé, c'est pour désigner des juifs.

- " Attentat anti-palestinien : la police soupçonne des extrémistes juifs " (AFP 20/07/2001 9h30)

- " Le meurtre de trois palestiniens dont un nourrisson dans une embuscade jeudi près de Hebron pose des questions sur l’impunité des extrémistes juifs " (AFP 20/07/2001 14h20)

- " des extrémistes juifs manifestent devant l’esplanade des mosquées " (AFP 10/04/2001 19h33 "

- " Des centaines de jeunes juifs extrémistes crient " mort aux arabes ! " devant la mosquée Hassan Bek de Tel-Aviv, en face de la discothèque où un attentat suicide a fait dix neuf morts dans la nuit, dont le kamikaze porteur de la bombe " (AFP 02/06/2001 20h46) (on notera que le terroriste est, lui, paré du titre de kamikaze sans qu’il soit besoin de le qualifier d’ " extrémiste ")

- " La police israélienne a arrêté trois extrémistes juifs qui tentaient de s’infiltrer sur l’esplanade des Mosquées (…). Ces extrémistes y revendiquaient le droit d’y prier " (AFP 21/05/2001 14h 50)

 

 

En revanche, ce qualificatif terme n’est jamais appliqué aux palestiniens. Pour désigner les membres du Hamas et du Jihad Islamique, l'AFP utilise le plus souvent les formules suivantes:

- " Les activistes palestiniens déterminés à poursuivre la lutte " (23/05/01 17h40)

- " Les membres du mouvement radical islamiste Hamas ont promis de continuer la lutte " (27/07/01 23h03)

- "Un militant du groupe radical Jihad islamique a été tué par les israéliens " (23/07/01 20h 56)

- " Un cadre du Jihad islamique tué par des soldats en Cisjordanie" (05/05/2001 08h21)

- " Un militant du mouvement palestinien Jihad Islamique …" (05/04/01 18h06)

- "Le chef spirituel du mouvement de la Résistance islamique (Hamas) appelle les arabes à fournir des armes"

- "Un responsable local du Hamas visé par un raid" (17/07/01 15h52)


La diabolisation d'Ariel Sharon: L'affaire de Sabra et Chatila 

Depuis l'élection d'Ariel Sharon, la propagande arabe se déchaîne contre le Premier ministre israélien présenté comme un criminel de guerre pour son rôle notamment dans les massacres de Sabra et Chatila.

Cette propagande vise à présenter Ariel Sharon comme le responsable direct et unique de la tuerie, alors qu'il n'en fut que le témoin passif, le massacre ayant été perpétré par la milice chrétienne des Forces Libanaise dirigées à l'époque par Elie Hobeika,.

Elie Hobeika a ensuite entamé, une honorable carrière politique au Liban. Il fut de nombreuses années ministre dans le gouvernement de l'actuel Premier ministre Rafic Hariri et n'a jamais fait l'objet de poursuites judiciaires ni de la moindre campagne d'opinion.

S'il est concevable que la propagande arabe et palestinienne, pour des raisons qui lui sont propres, cherche à taire le nom du véritable "boucher

de Sabra et Chatila" pour lui substituer celui d'Ariel Sharon, est-il acceptable que l'Agence France Presse s'en fasse complaisamment l'écho.

Au cours de l’année 2001 l'AFP a consacré plus de 150 dépêches à l'affaire de Sabra et Chatila.

L'ensemble de ces dépêches sont consacrées à Ariel Sharon dont le rôle est constamment mis en avant dans les titres:

"Plainte contre Sharon: une rescapée de Sabra et Chatila raconte son calvaire" (18/06/01 13h22)

"Sabra et Chatila: la BBC s'interroge sur la responsabilité d'Ariel Sharon" (18/06/01 01h53)

"Une avocate Libanaise veut traduire Sharon et Peres en justice" (11/O6/01 15h05)

"La télévision (iranienne) annonce la victoire du "boucher de Sabra et Chatila" (07/02/01 13h31)

"Ogre", "Terroriste", "Boucher", la presse arabe se déchaîne contre Sharon" (07/02/01 13h13)

"Sharon est un "criminel de guerre", selon un dirigeant socialiste danois" (07/02/01 10h46)

"Des avocats (tunisiens) déposent une plainte contre Ariel Sharon" (08/07/01 14h17)

"Strasbourg: une "Cour Pénale internationale des peuples" improvisée contre Ariel Sharon" (06/07/01 18h40)

"Mobilisation en France contre la venue d'Ariel Sharon" (05/07/01 12h52)

"Le parquet de Bruxelles a requis la recevabilité de la plainte contre Sharon" (01/07/01 14h28)

 

L'ensemble de ces dépêches se borne a préciser dans leurs dernières lignes et de manière laconique que le massacre fut "perpétré par des milices chrétiennes libanaises alliées d'Israël".

 

En revanche, une seule de ces 150 dépêches indique, au détour du texte, le rôle d'Elie Hobeika dont le nom demeure parfaitement inconnu du public et des journalistes français.

 

Précision : en janvier 2002, le nom d’Elie Hobeika est brusquement revenu sur le devant de la scène à l’occasion de sa mort dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth.

Du 24 janvier, jour de l’attentat au 29 janvier, l’AFP a consacré 45 dépêches à l’événement.

20 de ces dépêches sont essentiellement consacrées aux déclarations de dirigeants arabes accusant Israël d’avoir fait disparaître Hobeika pour l’empêcher de témoigner à charge contre Sharon.

" Un quotidien syrien accuse le Mossad israélien de l’assassinat de Hobeika " (27/01/02 11h36)

" Assassinat de Hobeika : la presse de Damas montre Israël du doigt " (25/0102)

" Israël accusé de l’assassinat de Hobeika " (24/01/02)

" Assassinat de Hobeika : le président libanais accuse implicitement Israël " (24/01/02).

" Pour les palestiniens des camps de Sabra et Chatila, la responsabilité d’Israël dans l’attentat ne fait pas de doute " (25/01/02 19h18)

 

Dans ces dépêches, l’AFP développe avec un luxe de détails, et une certaine complaisance, la thèse d’un " homme qui en savait trop " et que l’on aurait " fait taire " pour l’empêcher de " faire des révélations " au procès d’Ariel Sharon.

Du rôle de principal responsable du massacre de Sabra et Chatila (passé sous silence durant vingt ans), Hobeika accède ainsi au statut, plus avantageux, de témoin impartial prêt à démasquer Ariel Sharon :

" Hobeika avait des " révélations " à faire sur Sabra et Chatila, selon un sénateur belge " (24/01/02 )

 

" Deux jours avant l’attentat, Hobeika avait déclaré à des sénateurs belge qu’il était prêt à témoigner devant la justice belge où une procédure a été engagée par des survivants de Sabra et Chatila contre le Premier ministre israélien Ariel Sharon " (26/01/02 12h39)

" Emboitant le pas du gouvernement (libanais), la presse à pointé du doigt Israël affirmant que le Premier ministre israélien Ariel Sharon a éliminé un homme prêt à l’accabler " (26/0102 10h26)

Dans une dépêche rappelant les massacres de Sabra et Chatila perpétrés par les Forces Libanaises d’Elie Hobeika, l’AFP écrit :

" Hobeika avait annoncé en juillet 2001 détenir des preuves innocentant les Forces Libanaises et assuré avoir " amassé des témoignages " et détenir " des documents qui vont ternir l’image de la commission Kahane et lui ôter toute crédibilité (…) Nous avons subi de très grandes pressions de la part des israéliens pour être physiquement présents sur les lieux, nous avons refusé de le faire " avait il affirmé, assurant que c’étaient " les israéliens et des libanais de toutes confessions " qui avaient perpétrés le massacre " (24/01/02 21h27)

Il faut noter que ces " déclarations " de Hobeika en juillet 2001 n’avaient à l’époque faite l’objet d’aucune publicité de la part de l’AFP.

Face à ces nombreuses mises en causes, l’agence a publié à quatre reprises des démentis israéliens qualifiant de " ridicules" les accusations libanaises.

 

L’affaire du Karine A
 

Le 4 janvier 2002, l’armée israélienne intercepte en mer Rouge un bateau, « le Karine A. », transportant une importante cargaison d’armes, destinées à l’autorité palestinienne. Cette affaire mettra les dirigeants palestiniens en délicate posture tant à l’égard des américains que des européens eux-mêmes qui, après plusieurs jours d’atermoiements sommeront l’autorité palestinienne de donner des « explications ».

La saisie de la cargaison du Karine A était d’autant plus mal venue pour les palestiniens que l’affaire a été révélée le jour de l’arrivée de l’émissaire américain Anthony Zinni dans la région. Anthony Zinni était chargé d’explorer à nouveau les possibilités d’une reprise des pourparlers entre israéliens et palestiniens.

Les trois grandes agences de presse internationales ont rendu compte de l'événement. Chacune à sa façon :

Reuters (GB) :

Tsahal saisit 50 tonnes d'armes destinées aux Palestiniens

TEL AVIV (Reuters) - Des soldats de Tsahal, opérant à 500 km au large des côtes israéliennes, ont arraisonné dans les eaux internationales, en mer Rouge, un navire transportant 50 tonnes d'armes et d'explosifs destinés aux zones autonomes palestiniennes, ont rapporté des officiers israéliens.

(04/01/02 15h42)

Associated Press (USA) :

L'armée israélienne dit avoir saisi 50 tonnes d'armes à destination des territoires palestiniens

JERUSALEM (AP) -- L'armée israélienne a annoncé vendredi la saisie de 50 tonnes d'armes et de munitions, acheminées par un navire appartenant à l'Autorité palestinienne, vers des territoires sous contrôle palestinien.

(04/01/02 16h06)

Agence France Presse (France) :

Israël complique la mission de Zinni

JERUSALEM (AFP) - Israël a affirmé vendredi avoir intercepté un cargo d'armes en provenance d'Iran destinées à l'Autorité palestinienne, compliquant la mission du médiateur américain .

Anthony Zinni, qui a annoncé la reprise des réunions de sécurité.

(04/01/02 17h30)


Conclusion
 


Cette étude, qui ne prétend pas être exhaustive, a pour seule ambition de s'interroger sur les raisons qui peuvent pousser l'Agence France Presse, troisième agence de presse mondiale, a privilégier, de manière quasi systématique, les thèses du camp arabo-palestinien au détriment d'Israël.

D'autres exemples auraient pu être développés de la même manière.

On citera rapidement:

le silence de l'AFP sur l'occupation du Liban par les troupes syrienne. Le mot "occupation" étant formellement proscrit, l'agence lui préférant des formules plus diplomatiques (l'armée syrienne "maintient" ou "stationne" 35.000 soldats au Liban lorsqu'elle ne les "redéploie" pas...).

« La Syrie exerce une influence déterminante au Liban où elle maintient un corps expéditionnaire » (09/09/01 18h04)

« La Syrie exerce une influence prépondérante au Liban où elle stationne des dizaines de milliers de soldats depuis 1976 (26/11/01 14h30)

« La Syrie exerce une influence sans partage au Liban où elle maintient un important corps expéditionnaire… » ((16/08/01 15 h47)

Le silence de l'AFP sur les violences palestiniennes, sur l'utilisation des enfants envoyés en première ligne, sur l'enseignement de la haine dans les écoles et les médias palestiniens. L'agence France Presse n'a jamais consacré la moindre dépêche aux émissions enfantines de la télévision palestinienne appelant de très jeunes enfants à se transformer en kamikazes pour perpétrer des attentats suicides en Israël. Les enregistrements de ces émissions existent pourtant. Ils ont été diffusés lors de reportages sur de grandes chaînes européennes et occidentales.

La complaisance de l'AFP vis-à-vis des "dictatures" et des "dictateurs" arabes. S'il existe bien, selon le vocable utilisé par les dépêches de l'agence, des dictateurs et des dictatures en Afrique, en Asie, ou en Amérique du Sud, il semble ne pas y en avoir sur le pourtour méditerranéen et dans le golfe persique.

 Une recherche par mots-clés s'avère, là aussi, riche d'enseignements. Le défunt Hafez el-Assad, visiblement traité avec plus de déférence que Pinochet ou Milosevic, n'a jamais de son vivant été qualifié de "dictateur", l'AFP ayant toujours préféré des expressions plus neutres ("le président syrien") ou plus fleuries ("Le vieux lion de Damas"). Son fils, Bachar, qui lui a succédé n'est pour le moment que "le jeune président syrien". Le président Hosni Moubarak est tout naturellement "le Raïs". Le colonel Kadhafi conserve le titre de "leader libyen", quand ce n'est pas celui de "guide de la révolution" ou "chef de la Jamahyria". Saddam Hussein est tout simplement "le président irakien". La liste n'est pas close.

Pourquoi une telle complaisance, alors que l'AFP ne s'est jamais gêné pour qualifier de "dictateurs" de nombreux dirigeants de la planète? Est-ce parce que l'AFP se targue d'être la "première agence arabophone du monde" et qu'elle ne souhaite pas froisser la susceptibilité des nombreux organes de presse - peu soucieux d'une information libre et rigoureuse, mais le client est roi! - qu'elle compte au titre de ses abonnés dans le monde arabe?

Est-ce pour les mêmes raisons que l'AFP distille au jour le jour une information déséquilibrée en défaveur d'Israël où elle ne compte, il faut bien le dire, qu'un seul abonné ? (Le ministère israélien des affaires Etrangères)

Est-ce pour des raisons purement commerciales ou alors également idéologiques?

Force est de constater que les erreurs, les approximations, les silences et les omissions sont trop nombreuses, trop systématiquement en défaveur d'Israël pour penser qu'il ne s'agit que de simples erreurs matérielles.

 

(en encadré)

L’AFP, agence indépendante ou gouvernementale ? 

Pourquoi cette étude consacrée à l’Agence France Presse ? Parce que, et ce n’est pas lui faire injure de l’affirmer, C’est l’AFP qui, dans une très large mesure, alimente, informe, oriente et pour tout dire influence la presse française, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle. Ignorée du grand public, elle est l’un des principaux vecteurs de l’opinion en France et dans une partie du monde, notamment le bassin méditerranéen.

 

L’AFP elle-même se félicite de ce pouvoir considérable. Avec 165 bureaux à travers le monde et plus de 2000 journalistes, elle revendique le titre de troisième agence mondiale derrière les deux concurrentes américaine (Associated Press) et anglaise (Reuters).

Elle se flatte également d’être la première agence arabophone du monde.

Chaque jour, elle informe 10.000 clients à travers le monde. Elle transmet quotidiennement 2 millions de mots en six langues. Elle affirme toucher 3 milliards de personnes.

L’AFP n’est pas une entreprise comme une autre. Ce n’est ni une entreprise publique, ni une société commerciale. Elle est un organisme autonome doté de la personnalité civile et dont le fonctionnement est assuré selon des règles commerciales. Son statut, unique en son genre, a été fixé par la loi du 10 janvier 1957.

 

Cette loi fait de l'Agence France Presse un organisme indépendant dont la mission est de rechercher et de diffuser une information " complète, rigoureuse et objective ".

Selon cette loi, l’AFP " ne peut en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’exactitude ou l’objectivité de l’information ; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait, d’un groupement idéologique, politique ou économique ".

 

Cette même loi lui garanti théoriquement une totale indépendance financière et politique.

Pourtant l’Etat est bien présent au sein de l’AFP. Tout d’abord dans les structures de l’agence : Siègent au Conseil d’administration trois représentants des Services publics usagers de l’AFP. Ces représentants sont nommés respectivement par le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l’Economie et des finances. Sur les 8 membres du Conseil supérieur, on compte un membre du Conseil d’Etat, 1 magistrat de la Cour de Cassation et deux personnalités " ayant représenté la France à l’étranger ". Enfin il est de notoriété publique que la nomination du PDG de l’AFP ne peut se faire sans l’assentiment des plus hautes autorités de l’Etat. Cette nomination fait l’objet de longues négociations.

L’Etat est également présent grâce aux très nombreux abonnements souscrits pour le compte des administrations (ministères, ambassades, préfectures, grandes entreprises publiques…). Dans les années 80, les abonnements représentaient 60% du chiffre d’affaires de l’Agence. En 2000, cette proportion a été ramenée à 40%. Le premier client de l’AFP demeure le ministère français des affaires étrangères.

Est-ce pour cette raison que la ligne politique du quai d’Orsay fait parfois - souvent - office de ligne éditoriale de l’AFP ? Il est à noter que l’affirmation par l’AFP du caractère "déclencheur " de la venue d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées dans la survenance de l’intifada a coïncidé, le samedi 30 septembre, avec la publication de communiqués officiels du Quai d’Orsay et de l’Elysée " condamnant " la visite de celui qui était à l’époque le chef du Likoud.

Est-ce en raison du très grand nombre de clients arabes de " la première agence arabophone du monde " que l’AFP a décidé de faire preuve d’une certaine bienveillance à l’égard des thèmes favoris diffusés par la propagande des dictatures arabes ?

 

Sans chercher à formuler des réponses définitives, l’objet de cette étude est d’apporter un certain nombre d’éléments de réflexion et d’explication.