Vendredi 20 décembre 2002

Une série antisémite [sur Noos - prochain épisode, dimanche prochain à 23 h]
par Tristan Mendés-France - Le Figaro

Essayiste. Dernier ouvrage paru, Dr la Mort. Enquête sur un bio-terrorisme d'État en Afrique du Sud, Edition Favre.

La série est pitoyable : une image de mauvaise qualité, des acteurs exécrables, le tout baigné dans une mise en scène vulgaire et épaisse. On se demande ce qui a pu faire que des chaînes de télévisions égyptienne, marocaine, saoudienne ou libyenne aient pu vouloir acquérir les droits du programme Un cavalier sans cheval. Faris Bila Jawad (dans le texte) est produit et interprété par un célèbre et néanmoins obscur acteur égyptien, Mohammed Sobhi. La série est piteuse, sans intérêt, mais quelque chose a plu. Et ce quelque chose, c'est l'antisémitisme qu'elle véhicule.

Le pitch du programme est simple : une adaptation foireuse des Protocoles des sages de Sion – texte antisémite du début du siècle que l'on sait bidonné et qui révélerait le plan secret des juifs du monde entier pour soumettre la planète. La presse française et étrangère s'en est émue et a dénoncé à juste titre sa diffusion dans l'espace arabo-musulman en plein ramadan. Seulement, la série n'a pas été déprogrammée. Bien au contraire. Elle est devenue entre-temps une «oeuvre nationale» (pour ne pas dire une «cause»), soutenue par une centaine d'intellectuels égyptiens, dont le président du syndicat des acteurs, le président du syndicat des avocats, l'hebdomadaire Al Ousbouh ou le journal Al Hayat...

La propagande antijuive est grossière mais plus efficace encore que celle provenant d'intégristes marginaux. Essentiellement parce qu'elle est populaire et laisse à imaginer au plus grand nombre que les juifs de l'univers sont assoiffés de sang et d'argent. Mais qu'on se rappelle ce qu'une simple émission de radio, celle des Mille Collines au Rwanda, a pu générer comme haine.

Or, dans son bouquet numérique, le câblo-opérateur français Noos proposait dimanche 15 décembre à 23 h, sur la chaîne publique égyptienne ESC1 (qu'elle diffuse), un épisode de la série Un cavalier sans cheval. L'émission attise la fantasmagorie antisémite, alors même qu'existent de notables tensions entre les communautés en France. Elle est diffusée dans un contexte international brûlant. Noos tient là une lourde responsabilité. Le CSA, j'espère, sera saisi au plus vite, et gageons que dimanche prochain à 23 h l'obscurantisme et le rejet de l'autre ne seront plus célébrés dans le paysage audiovisuel français.

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