Accueil   La liste des Infos Envoyez l'adresse du site à un ami   retour
Textes Courriers Liens Dérapages Emails rédactions Dates Presse Archives Metula News Agency

Pour les étrangers, la prière est risquée en Arabie Saoudite

Par Elaine Sciolino- New York Times, 12 février 2002


Dans un lieu secret tous les dimanches soirs, un jeune prêtre catholique fait une chose dangereuse. Il célèbre la messe. Il arrive dans ses vêtements civils et sort son habit de prêtre, les missels, les bibles, le Crucifix et un calice d'une armoire verrouillée. La discrétion est essentielle, dit-il, parce que les Mutawwain, les patrouilles de la police morale employée par le royaume, ont menacé de le retrouver et de le chasser.

Témoigner de la foi porte un sens spécial dans cette théocratie royale. Ici, l'Islam est la seule religion officielle et tous les citoyens doivent être musulmans. La constitution, c'est le Coran est les enseignements du Prophète Mohamed. Le prosélytisme est passible d'une peine de prison.

La conversion d'un musulman à une autre religion est considérée comme une apostasie passible de la peine de mort si l'accusé ne fait pas repentance. Les fidèles non-musulman qui mènent des activités religieuses explicites du genre à attirer l'attention officielle risquent l'arrestation, le fouet et l'expulsion. Le département d'État a été particulièrement incisif en décrivant l'Arabie Saoudite dans son rapport 2001 sur la liberté de culte : " la liberté de culte - est-il précisé - n'existe pas. "

La situation est particulièrement difficile pour les militaires américains. Un certain nombre de services religieux leur sont proposés avec l'assistance des aumôniers de l'armée. Mais ils doivent pratiquer leur culte en privé, même s'ils sont nombreux à protéger le royaume contre des menaces extérieures. Des soldats qui portent des croix ou des étoiles de David doivent cacher ces symboles.

" Nous avons ici d'excellents jeunes hommes et femmes américains - dit un aumônier - qui sont des excellents américains, des excellents soldats. Pourtant, ils sont censés renoncer à leur pratique religieuse parce qu'ils arrivent ici. " Le Président Bush a bien appelé l'Islam une grande religion et a dit du peuple américain qu'il était à la fois religieux et tolérant. Lorsqu'il s'est adressé à une session conjointe du Congrès peu après le 11 septembre, il a dit que les " barbares " qui attaquent les États-Unis " haïssent nos libertés, notre liberté de culte, notre liberté d'expression, notre liberté de vote et de rassemblement et la liberté d'être en désaccord les uns avec les autres. "

Mais ni Mr. Bush ni aucun de ses conseillers à la sécurité nationale n'ont critiqué le refus de l'Arabie Saoudite de permettre aux américains et aux autres étrangers de pratiquer leur culte librement. Les États-Unis, comme d'autres gouvernements d'ailleurs, ont accepté le diktat des Saoudiens : si vous voulez pratiquer votre religion, faites le en secret.

Un dimanche soir, il n'y a pas longtemps, quelques 200 catholiques originaires d'au moins deux douzaines de pays s'étaient réunis pour prier. Parmi eux se trouvaient des diplomates, des cadres, des chauffeurs, des assistants domestiques, des épouses et des enfants. Un des organisateurs vérifiait les noms à l'entrée sur une liste avant de leur permettre de s'installer dans la salle d'accueil, ou on a installé un autel improvisé avec un crucifix, des cierges et des paniers de fleurs. A l'extérieur, des policiers saoudiens montaient la garde, en apparence pour protéger la congrégation d'une possible irruption de la police religieuse, beaucoup moins disciplinée, mais également, peut être, pour enregistrer l'identité des fidèles.

Les fidèles ont récité la liturgie, ont chanté des hymnes et ont reçu la communion. Quelqu'un avait enlevé les chaises ce jour là, ils sont donc resté debout pendant l'office et se sont agenouillés sur le plancher en bois.

" Ce soir, vous affirmez véritablement la foi " a dit le prêtre à ses ouailles. Citant les paroles de Jésus dans l'Évangiles de Saint Matthieu, il a ajouté : " Là où deux ou trois seront rassemblés en mon nom, je serai parmi eux. "

Le Royaume interdit au clergé non musulman l'entrée au pays pour donner des offices religieux même si certains sont admis pour d'autres raisons. Il y a peu de prêtres et pasteurs résidants et les fidèles doivent souvent organiser eux-mêmes des offices. Les offices protestants, mormons et juifs se tiennent aussi dans le secret. Les offices non musulmans sont une affaire suffisamment risquée pour que les fidèles n'en parlent jamais au téléphone. Le rapport du département d'Etat sur la liberté des cultes constate qu'il n'y a pas de définition claire du " culte privé " et cite des cas de " l'imposition arbitraire " de la règle de l'Islam comme religion exclusive.

" J'appelle cela l'église des catacombes " dit un diplomate de haut rang, de confession catholique. "Lorsqu'il y a des enquêtes sur ce que nous faisons, ajoute-t-il, nous disons que l'ambassadeur organise une rencontre pour ses ressortissants. " L'incertitude qui plane sur ce qui est d'ordre privé a été manifeste cet été à Djedda lorsqu'un homme d'affaire indien qui devait quitter le pays avait loué une salle pour une soirée d'adieu. D'après des diplomates étrangers, lorsque les huit cent invités sont arrivés, un office a commencé. Les autorités saoudiennes ont fermé l'oeil, mais lorsqu'il l'a fait une seconde fois, lui et quinze autres personnes ont été arrêtées. " C'était le plus grand office chrétien jamais vu à Djedda " dit un diplomate, " la règle veut que si la chose se fait discrètement et avec peu de gens, c'est ok. Mais huit cent, c'était bien au-delà de l'ordinaire. "( ...)