Sam 15 fév 2003 21:27

Pourquoi la France et l'Allemagne sont-elles pro-Saddam? Suivez l'argent.
Par Khidhir Hamza ,
ancien directeur du programme nucléaire irakien, est le co-auteur de " Saddam’s Bombmaker : l’histoire intérieure terrifiante de l’Agenda des armes nucléaires et biologiques irakiennes " (Scribner, 2000)
traduction de C Meyer


Mes 20 années de travail dans le programme d'armement nucléaire et d'industrie militaire irakien furent en partie un apprentissage aux méthodes de tromperie et de camouflage maintenant le programme secret.
Étant donné ce que je connais des engagements de Saddam Hussein dans le développement et l'utilisation d'armes de destruction massive, les deux points suivants sont suffisamment clairs pour moi :

Depuis l'adoption de la résolution 1441 du Conseil de Sécurité de l'ONU nous avons été témoin d'une minuscule équipe d'inspecteurs avec un mandat supposé plus fort suppliant l'Irak de révéler ses stocks d'armes et de commencer le désarmement.

La question qui me harcèle est : Comment une équipe de 200 inspecteurs peut-elle "désarmer" l'Irak quand 6 000 inspecteurs n'ont pas pu le faire durant les 7 années précédentes d'inspection ?

En clair, les inspections surprises ne fonctionnent plus. Avec le niveau actuel de mobilité et de renseignement irakien le seul fait d'inspecter des sites est discutable. Cela a été rendu parfaitement clair par Colin Powell dans sa présentation devant l'ONU la semaine dernière. Mais les inspecteurs, éludant ces changements, visitent toujours de vieux sites et interrogent des scientifiques d'importance secondaire.

Je peux vous assurer que le cœur du programme d'armement nucléaire irakien n'a pas encore été touché. Les nouvelles d'hier disant que l'Irak "acceptera" les vols de surveillance de U2 est un autre signe que Saddam a confiance dans sa capacité à cacher ce qu'il possède.

Au même moment, le temps que les inspecteurs de l'ONU ont pu utiliser à rassembler les renseignements en interrogeant les scientifiques en dehors de l'Irak vient à manquer. Le problème est qu'il n'y a rien que Saddam puisse déclarer qui fournira une quelconque assurance de désarmement.

S'l livre les 8 500 litres d' Anthrax qu'il admet maintenant avoir, il ne sera toujours pas dans la conformité parce que le biais par lequel il se les procura peut en produire 25 000 litres. L'Irak doit rendre des comptes sur la filière et ses produits; il ne fait ni l'un ni l'autre.

La tentative de l'Irak d'importer des tubes d'Aluminium à plus haute limite d'élasticité qu'il est nécessaire dans la fabrication d'armes conventionnelles a été écartée d'un revers de main par Mohammed El-Baradei de l'IAEA (NDT: International Atomic Energy Agency). Il prétend qu'il n'y a pas de preuves que ces tubes étaient destinés à être modifiés et utilisés dans des centrifugeuses pour fabriquer de l'Uranium enrichi. Aussi il ne rapporte pas que l'Irak avait l'équipement d'usinage nécessaire pour affiner ces tubes à l'épaisseur requise (moins d'un millimètre) pour un rotor efficace de centrifugeuse. Et le pire, ils ne trouvent pas suspect que l'Irak n'ait pas délivré toutes les équipements d'usinage controllés par ordinateur qu'ils ont importé de la Matrix-Churchill, basée en Angleterre et appartenant à l'Irak, qui a fabriqué ces unités.

Mr Blix n'a également pas tenu compte de la découverte d'un certain nombre d'ogives chimiques de missiles "vides". Ce qu’il a oublié de mentionner c’est que ces " vides " sont le seul moyen de placer ce type d’armement. Les ogives en question ne sont pas conçues pour conserver des produits chimiques pour une longue période. Elles ont un plus grand risque de fuite et de corrosion que les ogives conventionnelles. La séparation des stocks de poison est une pratique standard en Irak, depuis que l’Organisation Spéciale de Sécurité qui garde Saddam contrôle également le stock et l’inventaire de ces produits chimiques.

Ce qui est devenu évident c’est que le processus d’inspection des Nations Unies a été conçu pour retarder toute possibilité d’action militaire américaine visant à désarmer l’Irak. L'Allemagne, la France et la Russie , états que nous appelions " amicaux " lorsque j’étais à Bagdad sont aussi engagés dans une stratégie de retard et d’obstruction. Durant les deux décennies avant la Guerre du Golfe j’ai joué un rôle dans les efforts irakiens d’acquérir les technologies majeures des pays amis. En 1974 j’ai dirigé une délégation irakienne en France pour acheter un réacteur nucléaire. C’était un réacteur de recherche de 40 Mega-watt que nos sources à l’IAEA nous avait dit ne pas devoir coûter plus de 50 millions de

. Mais l’accord français fini par coûter plus de 200 millions de $ à Bagdad. Le projet " Habbania Resort ", contrôlé par la France, coûta à Bagdad pas moins de 750 millions de $, et avec la même énorme marge de profit. Avec ce type d’accords en cours, est-ce vraiment une surprise que les Français soient si désespérés à sauver le régime de Saddam ?

L’Allemagne a été la plate-forme des achats militaires de l’Irak dans les années 80. Notre attaché commercial , Ali Abdul Mutalib , s’est vu alloué des milliards de $ à dépenser chaque année dans l’importation provenant de l’industrie militaire allemande. Ces importations comportaient beaucoup d'armements prohibés et le gouvernement allemand regardait ailleurs. En 1989 l’ingénieur allemand Karl Schaab nous vendit la technologie secrète permettant de construire et d’utiliser les centrifugeuses dont nous avions besoin pour notre programme d’enrichissement de l’Uranium. Les autorités allemandes ont depuis déclaré Mr Schaab coupable d’avoir vendu des secrets nucléaires, mais parce que la technologie était considérée à " usage double " l’amende ne s’éleva qu’à 32 000 $ et 5 ans de probation.

Pendant ce temps-là, d’autres entreprises allemandes fournissaient l’Irak en technologies nécessaires à la fabrication de parties de missiles. La découverte récente de Mr Blix que l’Irak essaye d’élargir le diamètre de ses missiles à une taille capable d’y adapter une arme nucléaire ne serait pas faisable sans ce transfert de technologie. La Russie a longtemps été le fournisseur principal en armement conventionnel pour l’Irak - encore une fois à des prix exorbitants. Ainsi, les fusils Kalachnikovs utilisés par les forces irakiennes sont vendus à l’Irak plusieurs fois le prix de fusils comparables vendus chez d’autres fournisseurs.

La politique de Saddam de gaspillage des ressources irakiennes en payant des prix indécents à des pays amis semble être payante à terme. L’irresponsabilité et le manque de morale de ces états essayant de garder au pouvoir le pire boucher au monde est peut-être l’indicateur d’un nouvel ordre mondial. C’est un monde des clins d’œil et des signes d’assentiments envers les états voyous émergeants – en y mettant le prix. Il revient aux USA et à ses alliés d’instituer un ordre opposé dans lequel aucun prix n’est assez élevé pour qu’un dictateur comme Saddam prospère.

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